Anatomie d’un rasoir

D’une semi-pénombre émerge un corps féminin qui entame alors un ri- tuel routinier : se raser. Les postures sont étudiées et gracieuses. Le ra- soir, fil purifiant, élimine les poils de chaque partie du corps, de l’orteil aux paupières. Petit à petit la transe commence, le geste se fait plus assuré, le corps plus engagé et guerrière. La mue purificatrice ache- vée, la chamane entame alors une première transformation en un être hybride et bisexué, neutre. La seconde étape du rituel peut débuter :L’être agenré manipule d’innocents rasoirs roses et rasoirs bleus. Deux pots sacrés : un rose, un bleu. Les rasoirs sont un à un baptisés dans ces pots. Tour à tour, le/la chaman.e décide de qui sera assigné bleu ou assigné rose, ou les deux. Cette phase prône l’émancipation, la liberté, l’éclatement des codes.

Le geste du rasage représente le passage à l’âge adulte : premiers poils, corps qui évolue et du coup entrée dans un monde de diktats physiques. Ces rasoirs roses pour les filles et bleus pour les garçons, tout comme les jouets de leur enfance. Le décervelage organisé pendant l’enfance se reproduit dans les ablutions des adultes. Ces injonctions entretenues par une société mercantile insidieuse dont l’objectif est de vendre deux fois plus de rasoirs. Cachées dans le quotidien, ces normess’emparent des corps et définissent nos usages. Assimilés dès l’enfance, puis l’adolescence, nous sommes condammé.e.s à les reproduire à l’âge adulte et il encore difficile de s’en affranchir.

Mise en scène et interprétation :  Clémentine Aubry
Création lumière et son : Marius Bichet
Regard extérieur : Natacha Roscio

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CAMILLE METAL
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